Valérie SACENDA
Responsable Marketing & Communication DIMO Maint

Nouvelle NORME NF-X-60-400 et démarche AFIM-INRS

Durant le FORUM DIMO 2018 organisé par DIMO Software, Jean-Pierre Avellaneda, responsable national prestations Performance & Services et Président AFIM de la région Rhône-Alpes, a présenté un atelier sur la sécurisation des interventions de maintenance basé sur la récente (12.2017) norme NF-X-60-400. M. Avellaneda est membre de la commission AFNOR qui a rédigé la norme sur la base de retours d’expérience d’un certain nombre d’acteurs, dont l’AFIM, l’INRS et l’APAVE mais en s’inspirant aussi de démarches internationales. L’AFIM est une association type loi 1901 qui travaille pour le métier transversal de la maintenance depuis 80 ans et dont un des axes prioritaires est la sécurité.

Poste et activité de maintenance sont étroitement liés

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50% des accidents rencontrés dans les métiers de la maintenance sont dus à des énergies mal maitrisées pendant des interventions. Le personnel de production et les prestataires extérieurs qui réalisent des actions de maintenance sont aussi concernés car il ne s’agit pas de considérer la seule affectation à un poste de travail, mais aussi de regarder les tâches et activités réalisées. L’AFIM, Carsat et l’INRS ont réalisé une analyse sur l’accidentologie démontrant une occurrence d’accidents jusqu’à 3 fois supérieurs à la moyenne pour les activités de maintenance avec un taux de mortalité jusqu’à 8 fois supérieur. Les trois grandes causes apparaissent :

  • Organisationnelles,
  • Techniques,
  • Humaines (comportementales et managériales).

Dans le secteur industriel, les chutes de plain-pied, en termes de fréquence, et les maîtrises d’énergies pour la gravité, sont difficiles à résorber. Du point de vue réglementaire, seule la norme NF C18-510 sur l’électricité et le code du travail étaient à disposition des acteurs de la maintenance avant la publication de la norme NF-X-60-400. La directive maintenance évoque le sujet à la marge et de manière très globale.

Maîtriser les énergies, c’est faciliter la maintenance

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Techniquement, lorsque se pose la question d’une intervention en sécurité de maintenance, il convient de considérer toutes les énergies en présence, et pas seulement l’électricité. Le comité qui a travaillé sur la norme s’est intéressé à tous les risques professionnels indirects liés aux énergies pour définir des critères de sécurité et a dressé une « checklist », véritable clé d’entrée pour analyser les risques liés à une situation de maintenance. Les contraintes et causes habituelles sont :

  • Manque d’informations (plans obsolètes)
  • Installations vétustes
  • Problèmes d’accessibilité
  • Problèmes de conception
  • Manque de fiabilité des organes de sécurité et des moyens de blocage
  • Défaut d’entretien (pas de plan préventif)
  • Croyances (le fait d’appuyer sur un bouton d’arrêt d’urgence ne met pas forcément l’agent en sécurité si le flux énergétique n’est pas pris en compte)

La maintenance n’est pas tributaire des seules considérations techniques, mais aussi de contraintes organisationnelles et comportementales.

Comment concilier urgence de l’intervention et sécurité ?

Il faut trouver une solution rapide pour ne pas bloquer un flux de production trop longtemps. 80% de la sécurité des opérations de maintenance repose sur un bon comportement de l’opérateur. « Dans le cas d’opérations non-récurrentes de type dépannage, on doit parfois traiter un risque en urgence. Les pompiers s’entraînent et ont des protocoles systématiques dans l’approche du risque pour ne pas céder à la pression et commettre une erreur. »

Comment contrebalancer une culture d’urgence et de production quotidienne tout en fonctionnant en sécurité ?

L’AFIM, l’APAVE et l’INRS ont travaillé en prenant en compte les contraintes techniques, organisationnelles et humaines. La norme ne se base pas seulement sur des expériences franco-françaises mais s’inspire de démarches internationales comme le Lock Out Tag Out (LOTO), ou le Lock Out – Tag Out – Try Out (LOTOTO).

L’analyse des risques : le point clé de la norme NF-X-60-400

Le recensement des sources d’énergies, le choix de processus de mises en sécurité, le principe d’analyse de risques, la localisation de dispositifs de blocage, la mise en place de cadenassage sont autant de mesures opérationnelles proposées par la norme, auxquelles s’ajoutent des logiques de compétences, de formations, de qualifications. Elle donne des conseils spécifiques concernant les tuyauteries, la mécanique, intègre un logigramme, des modèles de fiches repères pour identifier les sources d’énergies dangereuses sur un équipement, etc.

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L’analyse de risques est incontournable dans la mise en sécurité : savoir qui est responsable de la sécurité d’un intervenant peut s’avérer complexe. « Imaginons une ligne de production bloquée un vendredi soir. Le week-end, on bascule en mode astreinte, il n’y aura plus de chef d’équipe …La norme propose une trame à adapter selon les situations d’entreprises. C’est l’analyse de risques qui indique ce que l’on doit faire » explique M. Avellaneda.
5 modes de mise en sécurité sont notamment décrits dans la norme:

  • l’isolation renforcée,
  • l’isolation simple enrichie de mesures compensatoires,
  • la neutralisation,
  • la mise en sécurité pendant la phase d’essai,
  • le cadenassage.

La norme NF-X-60-400 opère sur la base du volontariat, mais se veut incitative : M. Avellaneda recommande la mise en place d’un système d’habilitation et de qualification dans l’entreprise. La personne ayant la vue d’ensemble de toutes les énergies est généralement celle qui a la compétence pour faire l’analyse de risque et ce n’est pas forcément un expert électricien.

Les opérations récurrentes peuvent être traitées par des actions standards. Pour le non-récurrent, la norme propose des procédures génériques qui encadrent les jalons de mise en sécurité soutenus par des aides opérationnelles (plans à jour, listes des énergies en présence, localisation des énergies, chargés de consignation etc.).

M. Avellaneda distingue deux types de profils comportementaux « à risque » : le jeune débutant (forte fréquence d’accidents, peu de gravité) ou l’expert qui s’est accoutumé au risque et génère peu d’accidents mais avec une forte gravité. Selon lui, c’est l’ensemble des personnes qui font de l’analyse de risque qu’il faut former à une méthode simple. La production, partenaire de la maintenance, doit être impliquée dans la démarche, de même que l’encadrement et la direction (Codir, Copil sécurité). « L’implication de la hiérarchie est primordiale car les comportements – et donc le succès des mesures de sécurité pour la maintenance – se gèrent sur le long terme ».

La gestion du changement : le véritable enjeu de la mise en sécurité

La démarche Securafim® élaborée conjointement par l’AFIM et l’INRS améliore l’efficacité et la sécurité des opérations de maintenance grâce au management visuel des points de condamnation des énergies. La mise en place de fiches repères par équipements contribue à changer les comportements. Cette démarche apporte un côté très opérationnel : des mallettes avec des macarons, des guides sur clés USB, des modèles de documents de traçabilité sont mises à disposition des PME. Ce volet technique est très complémentaire au volet organisationnel couvert par la norme. Reste à traiter l’axe majeur : le facteur humain…

« La sécurité n’a pas de prix mais représente un coût ! L’arbitrage entre le coût d’une mise en conformité et le gain en sécurité est un sujet délicat à aborder » reconnaît M. Avellaneda. La mise en place de Securafim® permet de cartographier les énergies et de minimiser à terme l’impact sur le TRS (Taux de Rendement Synthétique). Le constat est simple : sur du moyen-terme une bonne maintenance augmente la sécurité et donc améliore donc le TRS. « En travaillant mieux, on réduit l’impact de la mise en sécurité. Alors qu’avant, on transigeait parfois avec la sécurité pour favoriser une intervention rapide » explique M. Avellaneda.

L’optimisation du système de sécurité (via les fiches repères, la cartographie,les énergies, etc.) minimisera le temps supplémentaire pris pour les interventions. « Le meilleur moyen de ne pas se mettre en danger en dépannage, c’est de ne pas avoir de panne en ayant fiabilisé les installations, en ayant prévu de la maintenance à la conception, en faisant de l’amélioration de consignabilité ». Un industriel, sur une de ses entités process, a regroupé toutes ses énergies au même endroit ce qui simplifie les interventions.

« En l’absence de gestion du changement, d’un mode projet, d’une intégration des éléments humains et organisationnels et du management de la sécurité dans une réflexion globale à long terme, la démarche retombera dans le temps ».

La démarche INRS-AFIM Securafim® + APAVE permet de concilier performance et réduction d’accidents

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M. Avellaneda illustre la mise en œuvre de cette démarche chez un acteur agro-alimentaire : ce secteur est compliqué car très contraint en matière de maintenance qui nécessite de très courts délais à cause du traitement de denrées périssables. Les marges sont faibles et les cadences élevées, avec des taux d’engagement d’installation très forts. Les équipes de maintenance interviennent sur des énergies très diverses, pas seulement électriques, mais aussi liées à la mécanique, aux fluides, à la température, à la pression, aux risques chimiques, etc. Sur des sites assez anciens des nouvelles installations cohabitent avec des anciennes, non conçues pour travailler en sécurité pour la maintenance. Le fort taux d’accidentologie a amené cet acteur à mettre en œuvre Securafim® dans le cadre d’une politique Santé-Sécurité et de sécurisation de maintenance prenant aussi en compte l’impact sur la performance.

Le constat mesuré a démontré que la démarche permet d’allier les deux composantes risques et performance. La mise en place de fiches repères, d’un repérage des vannes associé au travail sur les gammes d’opérations récurrentes avec des modes opératoires standards accélère la mise en sécurité et permet de fiabiliser les interventions et l’analyse de risques.

En résumé : L’analyse des risques est un préalable à la sécurisation des actions de maintenance. Plus que le poste, c’est l’activité dans sa globalité qu’il faut analyser, tout en impliquant la direction. La norme NF-X-60-400 et la démarche Securafim® proposent des process opérationnels permettant de concilier actions de maintenance et performance de l’entreprise. Montrer les coûts de mise en œuvre permet de dégager des moyens pour progresser et gagner sur tous les plans, et de traiter le facteur humain par une gestion du changement efficace, en mode projet. Un effet collatéral de cette mise en œuvre : la détection de signaux faibles dans les process de l’entreprise.

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Classé dans : Blog GMAO, Bonnes Pratiques

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