La maintenance dans l’industrie agroalimentaire est évaluée sur sa capacité à prouver, preuves à l’appui, la maîtrise des risques qu’elle génère ou doit contenir. La question clé en audit n’est plus « Que faites-vous ? », mais « Comment le prouver concrètement ? ».
Les audits croisent systématiquement documents, observations terrain et entretiens. C’est dans ces recoupements que la maintenance révèle souvent ses faiblesses : décisions techniques non justifiées, modifications mal documentées, ou liens flous entre interventions et risques sanitaires.
Désormais, la maintenance est un maillon clé de la sécurité alimentaire : elle doit expliquer et démontrer ses choix. Les enjeux actuels reflètent exactement ce que les audits scrutent — et ce qui sépare une conformité superficielle d’une maîtrise tangible.
Ce qu’il faut retenir
- Les audits jugent la maintenance sur ses preuves, pas sur ses intentions.
- Chaque intervention est analysée comme un facteur de risque sanitaire potentiel.
- Les non-conformités viennent surtout de décisions techniques non justifiées ou mal tracées.
- Corps étrangers, dérives de réglage, modifications et utilités invisibles sont au cœur des audits.
- La GMAO devient un système de preuves et un levier de crédibilité du responsable maintenance.
Enjeu n°1 – Maintenir des équipements réellement nettoyables
En maintenance agroalimentaire, la nettoyabilité dépend autant de la conception initiale que de l’historique des interventions. Chaque action technique peut, à terme, dégrader l’hygiène si elle n’est pas maîtrisée et documentée.
Les dérives les plus fréquemment relevées en audit concernent notamment :
- l’apparition de zones de rétention (brides, supports, soudures reprises),
- l’exposition de filetages ou d’assemblages non drainables,
- l’usage de matériaux ou joints incompatibles avec les protocoles de nettoyage.
Les référentiels comme EHEDG, IFS ou BRCGS attendent une prise en compte explicite de ces impacts lors des interventions. La responsabilité du responsable maintenance est engagée dès lors qu’une modification altère la capacité de nettoyage sans justification formalisée.
La GMAO permet d’identifier les équipements ayant subi des interventions et de documenter les choix réalisés. Elle constitue un support factuel pour démontrer, en audit, la maîtrise des effets cumulés de la maintenance sur la nettoyabilité.
Enjeu n°2 — Sécuriser chaque intervention sans ralentir la production
Les interventions de maintenance en agroalimentaire combinent humidité, chimie, températures élevées et coactivité avec la production. Ces conditions augmentent le risque d’accident, en particulier lors des dépannages urgents.
Les exigences réglementaires imposent :
- des procédures de consignation adaptées aux installations,
- des habilitations clairement définies,
- une application rigoureuse, même en situation dégradée.
Les audits vérifient l’alignement entre procédures écrites et pratiques terrain. Le responsable maintenance doit structurer des modes opératoires applicables en conditions réelles, sans compromis sur la sécurité des intervenants.
La GMAO centralise les consignes de sécurité par équipement et permet de vérifier que les intervenants disposent des habilitations requises. Les historiques d’intervention constituent une preuve tangible de l’application des règles.
Enjeu n°3 — Rendre chaque acte de maintenance traçable, explicable et auditable
La traçabilité maintenance ne se limite plus à prouver qu’une intervention a eu lieu. En audit, elle doit permettre de comprendre l’impact potentiel d’une action sur la sécurité des aliments et les décisions qui en ont découlé.
Sont particulièrement examinées :
- les interventions sur équipements en contact produit,
- les réglages de paramètres critiques,
- le remplacement de pièces susceptibles d’affecter l’intégrité ou l’hygiène.
Lors des audits, l’absence de lien clair entre intervention, risque identifié et contrôle final est une source fréquente de non-conformité. Le responsable maintenance est attendu sur sa capacité à expliquer ses choix techniques, pas uniquement à produire des enregistrements.
La GMAO structure cette traçabilité en reliant chaque intervention à un équipement, une zone et un type d’impact. Elle permet de répondre précisément aux questions des auditeurs sans reconstruction a posteriori.
Enjeu n°4 — Maximiser la disponibilité des lignes sans créer de risques sanitaires
La recherche de disponibilité peut conduire à des choix techniques défavorables à l’hygiène ou à la stabilité du procédé. Certains signaux faibles doivent alerter la maintenance :
- augmentation des lubrifications ou ajustements correctifs,
- fonctionnement prolongé hors paramètres nominaux,
- pannes répétitives sur des zones en contact produit.
En agroalimentaire, une amélioration apparente de l’OEE peut masquer une dégradation de la maîtrise sanitaire. La maintenance doit objectiver ces compromis et proposer des arbitrages fondés sur des faits techniques observables.
La GMAO permet d’analyser les récurrences d’interventions et d’identifier les équipements dont la performance se fait au détriment de la stabilité. Elle apporte des éléments factuels pour étayer les décisions auprès de la production.
Enjeu n°5 — Éliminer le risque corps étrangers par la maîtrise de l’intégrité machine
Les incidents corps étrangers sont rarement considérés comme des événements isolés en audit. Ils sont analysés comme le résultat d’un défaut de maîtrise mécanique ou organisationnelle.
Les sources les plus souvent identifiées incluent :
- l’usure de joints et de pièces mobiles,
- le desserrage d’éléments d’assemblage,
- les ruptures de composants soumis à vibration ou fatigue.
Les référentiels attendent une démarche formalisée, fondée sur l’analyse des risques et la prévention. En cas d’incident, la responsabilité du responsable maintenance porte autant sur l’anticipation que sur la réaction.
La GMAO permet de formaliser les inspections d’intégrité, de tracer les remplacements de pièces sensibles et de démontrer, en audit, que le risque corps étrangers est traité de manière structurée et suivie.
Enjeu n°6 – Ne plus perdre la conformité sur un capteur, une sonde ou un réglage
De nombreux écarts majeurs en audit sont liés à des équipements de mesure mal maîtrisés. Les dérives concernent notamment :
- les sondes de température,
- les balances et systèmes de dosage,
- les détecteurs utilisés comme barrières de sécurité produit.
La maintenance est responsable de la fiabilité de ces dispositifs, même lorsque la qualité en définit les exigences. Les périodicités, tolérances et actions en cas d’écart doivent être intégrées dans les routines, avec des preuves exploitables et cohérentes.
La GMAO planifie les opérations de vérification et conserve les résultats, écarts et actions associées. Elle permet de démontrer la continuité de maîtrise des équipements de mesure.
Enjeu n°7 — Fiabiliser les utilités et la chaîne du froid, ces équipements invisibles mais critiques
Les utilités sont souvent absentes du quotidien de la production, mais omniprésentes lors des audits après incident. Une défaillance peut impacter directement la sécurité des aliments.
Les systèmes les plus sensibles incluent :
- le froid industriel,
- l’air comprimé,
- la vapeur et l’eau de process.
La maintenance doit identifier les équipements réellement critiques, définir des niveaux de surveillance adaptés et documenter les actions préventives. La démonstration de maîtrise prime sur la sophistication des moyens techniques.
La GMAO permet de recenser ces équipements, de structurer leur maintenance préventive et de conserver les historiques d’incidents et d’interventions. Elle apporte une visibilité indispensable sur des installations peu visibles mais très exposées en audit.
Enjeu n°8 — Transformer la GMAO en outil de conformité, de pilotage et de crédibilité
La GMAO est désormais un support examiné en audit, au même titre que le terrain. Elle doit permettre d’accéder rapidement :
- à l’historique des interventions,
- aux compétences mobilisées,
- aux équipements et opérations à impact qualité.
Une GMAO mal structurée fragilise la crédibilité de la maintenance, même si les pratiques terrain sont solides. L’enjeu est de privilégier des données utiles, orientées risques et exigences agroalimentaires, plutôt qu’une saisie exhaustive sans valeur démonstrative.
Une GMAO bien paramétrée devient un outil de démonstration immédiate de la maîtrise maintenance. Elle renforce la crédibilité de la fonction auprès des auditeurs, de la qualité et de la production.
La conformité se joue dans la capacité à rendre lisible et cohérent l’ensemble du système maintenance. Ainsi :
- chaque intervention peut avoir une portée sanitaire potentielle,
- chaque équipement devient un objet d’analyse de risque,
- chaque décision technique peut être questionnée, a posteriori, par un auditeur.
Dans cette perspective, la GMAO constitue un système de preuves, structurant la mémoire technique de l’usine, reliant les actes aux risques et donnant au responsable maintenance les moyens de justifier ses choix sans approximation.
Une maintenance capable de prioriser ses actions selon leur impact sanitaire, de fiabiliser les équipements invisibles et de documenter ses arbitrages s’impose comme un acteur crédible et reconnu du dispositif qualité.






